Informations - Travail du sexe

 

Depuis plus de 20 ans, Vénus est sur le terrain auprès des femmes dans l’industrie du sexe à Laval. Les informations de cette page sont basées sur l’expertise reconnue de ce volet de Sphère qui intervient directement avec les TDIS.

 


Acronymes

  • TDS : travail du sexe / travailleur·euse·s du sexe

  • TDIS : travailleur·euse·s dans l'industrie du sexe

Définition

« Échange de services sexuels contre rémunération. »

Il peut s’agir d’argent, de services, d’un hébergement, de cadeaux, etc. Le travail du sexe peut prendre différentes formes. Les travailleur·euse·s du sexe exercent leur métier dans les agences d’escortes ou de façon indépendante (à domicile, dans la rue, etc.), dans les salons de massages érotiques, dans les bars de danse érotique, sur internet, en tant que sugar babies, acteur·rices de films érotiques, etc. Il y a également plusieurs autres métiers qui gravitent autour des TDIS, tels que les gérant·es de bars ou de salons de massage érotiques, les propriétaires d’agence d’escortes, les bookeur·euses, les chauffeur·euse·s, etc.

Le travail du sexe comporte bien plus d’éléments que le sexe. Les travailleuses du sexe sont aussi des confidentes, des secrétaires, des gestionnaires. En effet, elles sont à l’écoute de leurs clients qui ont souvent besoin de ventiler, elles peuvent s’occuper de la prise de rendez-vous (ce qui inclut le tri des clients, répondre aux questions, gérer son horaire et ses déplacements, etc.) et elles gèrent leurs comptes comme des travailleuses autonomes. Beaucoup de femmes de l’industrie comparent une grande partie de leur métier au service à la clientèle et à la relation d’aide; comme quoi la sexualité peut occuper une place bien moins importante qu’on peut l’imaginer.

Motivations

Les motivations à entrer dans l’industrie du sexe sont nombreuses. Il peut être question de faire « un coup d’argent », ce qui amène la personne à rester pour un temps déterminé dans l’industrie. Certaines personnes y voient un mode de vie, une façon de répondre à des besoins affectifs ou matériels. Plusieurs évoquent aussi l’empowerment (agentivité), cette reprise de pouvoir et réappropriation de son corps. Les personnes dans l’industrie du sexe sont parfois intéressées par l’exploration du milieu et de leur sexualité, l’expérimentation et le plaisir. Il peut aussi y avoir des vécus moins positifs, par exemple pour une personne qui entre dans l’industrie afin de répondre à ses besoins de base, tels que manger et se loger.

L’important à retenir, c’est qu’il y a des personnes qui travaillent dans l’industrie du sexe qui ont fait le choix d’y entrer, même si toutes n’ont pas le même éventail de choix et d’opportunités. Il y a donc autant de réalités que de personnes dans l’industrie du sexe.

Travail du sexe vs exploitation sexuelle

Il est important de différencier le travail du sexe et l’exploitation sexuelle, qui sont des réalités différentes, voire opposées. La notion de consentement apporte des nuances cruciales entre l’exploitation sexuelle et le travail du sexe : ce-dernier se fait entre adultes consentants.

Mettre ces différentes réalités dans le même panier est réducteur et problématique. Cela insinue que les personnes qui vivent de l’exploitation sexuelle ont le même vécu que les personnes qui sont entrées volontairement dans l’industrie, ce qui diminue grandement leur réalité. À l’inverse, cela envoie également comme message que les travailleur·euse·s de l’industrie du sexe n’ont pas conscience qu’iels sont exploité.es, qu’iels sont des victimes et qu’iels n’ont pas un réel contrôle sur leur corps. Ce sont des étiquettes particulièrement violentes qui sont imposées par les visions abolitionnistes.

Le travail du sexe et l’exploitation sexuelle sont des réalités bien distinctes, et la reconnaissance de l’un n’invalide en aucun cas l’existence de l’autre. Chez Sphère, nous lutterons toujours contre toute forme de violence sexuelle.

Décriminalisation

Actuellement au Canada, tout ce qui entoure le travail du sexe, à l’exception des travailleur·euse·s du sexe est criminalisé. Entre autres, on retrouve l’achat de services sexuels (les clients), le fait de bénéficier des fruits de l’achat de services sexuels d’autrui (ex. bookeur·euses) ou tenir une maison close (ex. agences). Il s’agit de la loi C-36, en vigueur depuis 2014, qui « vise à dénoncer et à interdire la demande de prostitution et à continuer de dénoncer et d'interdire l'exploitation d'autrui au moyen de la prostitution par des tierces parties, le développement d'intérêts économiques à partir de l'exploitation d'autrui par la prostitution, et l'institutionnalisation de la prostitution par l'entremise d'entreprises commerciales telles que les bars de danseuses, les salons de massage et les agences d'escortes où se pratique la prostitution. »

Pour lire la suite du Projet de loi C-36, Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d'exploitation :

https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/autre-other/protect/p1.html


pexels c technical 64737310Chez Sphère, nous avons une vision libérale du travail du sexe, et ainsi, nous nous positionnons en faveur de la décriminalisation du travail du sexe.

La décriminalisation du travail du sexe concerne les personnes majeures et a pour objectif de leur permettre d’avoir de meilleures conditions de travail et de vie. Cela inclut de travailler dans des endroits moins isolés et plus sécuritaires. La criminalisation crée un environnement dangereux, favorise la violence et place les travailleurs.euses du sexe dans des situations précaires.

Voici un extrait d’une lettre ouverte du Réseau juridique canadien VIH/SIDA et de l’Alliance canadienne pour la réforme des lois sur le travail du sexe, adressée au Parti libéral du Canada en mars 2018 par rapport à la décriminalisation du travail du sexe, signé par de nombreux organismes, dont le volet Vénus :

« Il est à présent reconnu, non seulement par les travailleuse(-eur)s du sexe, mais également par un large éventail d’organismes de défense des droits humains, notamment Amnistie internationale […] et par des tribunaux, que les lois et politiques punitives régissant le travail du sexe, y compris la criminalisation de certains ou de tous les aspects du travail du sexe, conduisent à de nombreuses violations des droits humains des travailleuse(-eur)s du sexe. »

Pour lire la suite de cette lettre ouverte :

Préjugés

Notions à déconstruire

► Prostitution, travail du sexe, exploitation sexuelle, tous des synonymes

« Prostitution » est un terme parapluie qui désigne tout ce qui constitue un échange de service sexuel contre rémunération. Par contre, on considère que c’est un terme désuet, car il est péjoratif et souvent associé à une perception négative des personnes de l’industrie du sexe. Dans le langage populaire, des termes tels que «prostitué·e» ou «pute» sont des insultes. Il est donc préférable de parler d’échange de services sexuels contre rémunération dans un objectif de neutralité. Il est toutefois important de rappeler que les enjeux entourant le travail du sexe et l’exploitation sexuelle sont distincts. Voir la section Travail du sexe vs exploitation sexuelle

« Travail du sexe » englobe les métiers dans l’industrie du sexe et concerne les personnes qui y sont de façon consentante.

« Exploitation sexuelle » est une forme de violence sexuelle et/ou un amalgame de plusieurs violences (psychologique, économique, etc.).

 

► Toutes les personnes de l’industrie du sexe ont un «pimp»

Peu importe la définition qu’on en tire, ce ne sont pas toutes les personnes de l’industrie du sexe qui ont un proxénète. Par exemple, certaines TDIS sont indépendantes, d’autres ont un·e gérant·e comme dans les bars ou salons de massage érotiques, il y en a qui travaillent dans une agence d’escortes, etc. On pourrait considérer les personnes propriétaires comme étant proxénètes, mais pour plusieurs, cela assure des conditions de travail plus sécuritaires et permet d’alléger la charge de travail quant à la prise de rendez-vous. 

 

► Les travailleuses du sexe n’aiment pas leur travail

Comme tout autre emploi, certaines aiment leur travail, d’autre moins. Cela peut être une source d’empowerment pour des personnes, ou simplement une source de revenu pour d’autres. Voir la section Motivations

 

► Les travailleuses du sexe sont nymphomanes

Aimer le sexe ne signifie pas être nymphomane ni en avoir envie constamment. En effet, certain.es TDS sont dans l’industrie parce qu’iels aiment le sexe, souhaitent explorer leur sexualité et en tirer profit, mais cela n’est pas lié à un trouble d’hypersexualité.

 

► Personne n’est là par choix, ce sont toutes des victimes

Les travailleuses du sexe qui font le choix d’entrer dans l’industrie sont nombreuses. Contrairement à certaines croyances, il est possible d’exercer un métier dans l’industrie du sexe de façon consentante et éclairée, sans être victime de son travail. Voir la section Motivations

 

► Les TDIS ne se respectent pas / Les TDIS ne respectent pas leur corps

Cela est un préjugé basé sur la vision moralisatrice et conservatrice de la sexualité. Qu’une personne soit dans l’industrie du sexe ou non, le fait d’avoir une sexualité active et assumée est encore mal vu par une grande partie de la société. Se respecter, c’est écouter ses limites, quelles qu’elles soient, dans l’industrie ou pas.

 

► Les TDIS ne sont pas «clean» / transmettent des ITSS

L’expérience de Vénus démontre que les TDIS font partie des personnes qui se protègent le plus contre les ITSS. Elles passent des tests de dépistage régulièrement (3-6 mois), utilisent des méthodes de protection barrières telles que le condom externe, le condom interne, la digue sexuelle, les gants de latex, etc. Même que ce sont souvent les clients qui négocient le port du condom, en échange de plus d’argent par exemple.

 

► Le travail du sexe, c'est de l'argent facile

C’est de l’argent rapide, peut-être, mais pas facile. Tous ce qui s’ajoutent à la sexualité exigent de la gestion, du temps, des habiletés de communication et de l’énergie.

 

► Les clients sont des pervers

Le stéréotype du clients pervers est bien moins présent qu’on le pense. Les clients peuvent être gentils, attentionnés, compréhensifs, et plusieurs ont même le syndrome du sauveur. Ils sont nombreux à voir des TDIS dans le simple but d’avoir une sexualité active qui répond à leurs envies ou afin d’explorer de nouvelles pratiques sans jugement.

 

► Une TDIS ne devrait pas avoir la garde de ses enfants

Les TDS n’ont pas pour habitude de travailler en présence de leurs enfants. Elles travaillent à domicile lorsque celleux-ci sont à l’école, quand leur lieu de travail n’est pas ailleurs qu’à la maison. Même qu’elles font souvent leur horaire en fonction d’être disponibles et de passer le plus de temps possible avec leurs enfants. Le métier d’une personne ne détermine pas sa capacité à s’occuper de ses enfants.

 

► Les TDIS prennent de la drogue pour travailler

Même si cela peut être vrai pour certaines personnes de l’industrie, ce n’est pas systématique et encore moins exclusif aux métiers de l’industrie du sexe. Contrairement aux croyances populaires, les TDIS n’ont pas davantage besoin d’être déconnectées de la réalité pour travailler.

 

► Les TDIS travaillent pour se payer de la drogue

Chaque personne qui consomme travaille d’une façon ou d’une autre pour payer sa consommation, qu’on parle de drogue, d’alcool, de tabac, etc. Ce que quelqu’un veut se payer avec sa paie, c’est personnel. Par contre, les TDIS ne consomment pas systématiquement de la drogue, c’est un préjugé. En effet, tel qu’expliqué dans la section « Motivations », les TDIS entrent dans l’industrie pour l’expérience, l’argent et même pour le plaisir. Et oui !

 

► La violence fait partie de la job

Peu importe le métier, personne n’a à subir de violence, qu’elle soit sexuelle, physique, psychologique ou économique. La violence n’est pas plus acceptable parce qu’il est question de sexualité.

 

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